Quatre ans après le choc Free, la santé retrouvée des télécoms

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Le résultat de la vente aux enchères des nouvelles fréquences qui permettront aux opérateurs d’absorber la croissance du trafic de données mobiles vient confirmer l’hypothèse d’une stabilisation du marché, après le passage de l’ouragan Free.

Après quatre années mouvementées, l’heure est à l’accalmie sur le marché français des télécoms. Voilà le constat qui peut être fait à l’issue de la vente aux enchères des fréquences de la bande 700 MHz aux opérateurs, qui s’est achevée le mois dernier. C’était l’un des événements les plus attendus de l’année dans le secteur. Ces fréquences sont celles qui permettront aux opérateurs de supporter la croissance exponentielle du trafic de données mobiles, générée par le succès des smartphones et de la 4G. La préparation minutieuse par l’Arcep, l’autorité de régulation des télécoms, en lien avec Bercy, témoignait de l’importance accordée au processus. En fonction du résultat, on allait savoir qui était « encore prêt à jouer », selon la formule de Xavier Niel. Il y aurait forcément des gagnants et des perdants, et cela aurait des conséquences importantes sur l’avenir du secteur. Les spéculateurs échafaudaient déjà de nouveaux scénarios de consolidation. Ils peuvent être rangés au placard, du moins pour l’instant. Car de perdants, il n’y en eut point.

Les quatre opérateurs sont ressortis satisfaits de cet épisode. Chacun a plus ou moins obtenu ce qu’il souhaitait. Sur les six blocs de fréquences mis en vente, Orange et Free en récupèrent deux chacun, Bouygues Telecom et SFR un. Pas de séisme donc, pas de surprise dans ce résultat. Les leçons à en tirer n’en sont pas moins importantes. Après quatre années d’une bataille féroce, consécutive à l’arrivée de Free dans le mobile, après de lourds plans de restructuration, après plusieurs tentatives de rachat avortées, un constat s’impose : il y a bel et bien quatre opérateurs télécoms en France, qui sont là pour durer.

Une facture de 2,8 milliards

Les investissements consentis pour acheter ces fréquences sont en effet loin d’être anodins pour les opérateurs, déjà engagés dans d’importants programmes de déploiement de réseaux, fixes et mobiles. La facture s’élève à 2,8 milliards d’euros au total. Orange et Free avaient annoncé la couleur avant les enchères : ils feraient tout pour rafler le maximum de fréquences. L’opérateur historique, numéro un du marché, se doit de disposer du spectre le plus important afin d’écouler, à l’avenir, le volume important de « data » de ses clients. Free était l’un des moins bien lotis en fréquences 4G, après avoir raté le coche lors des précédentes enchères en 2011. Il ne pouvait pas se permettre de laisser passer cette occasion.

Pour SFR et Bouygues Telecom, la participation était plus incertaine. Depuis son rachat par Numericable, l’opérateur au carré rouge, lourdement endetté, fait la chasse aux coûts. Ses dirigeants n’ont pas manqué de rappeler au cours des derniers mois que ces fréquences, libérées entre 2016 et 2019 selon les régions, n’étaient pas indispensables à court terme. Déjà bien servi, Bouygues Telecom, qui couvre quasiment aussi bien qu’Orange en 4G, faisait mine de ne pas être très intéressé, alors que l’état de ses finances reste compliqué. Les deux vont finalement signer un chèque d’environ 466 millions d’euros chacun, et évitent l’emballement de la machine à rumeurs. Si SFR ou Bouygues Telecom était reparti bredouille de ces enchères, les observateurs n’auraient pas hésité à tirer des conclusions sur les ambitions à plus long terme de l’un ou de l’autre, sur sa solidité financière, et, pour le second notamment, sur sa capacité à survivre seul.

Le résultat des enchères, qui entérine l’ancrage dans le long terme des quatre opérateurs, vient aussi confirmer l’hypothèse d’une stabilisation du marché, après le passage de l’ouragan Free. Elle s’observe depuis quelques mois déjà dans les comptes des opérateurs. Pour la première fois depuis quatre ans, Bouygues Telecom a ainsi vu son chiffre d’affaires progresser au troisième trimestre. Chez Orange, un phénomène rare a aussi été observé sur la période : la croissance des ventes s’est accompagnée d’une hausse de l’Ebitda (excédent brut d’exploitation), du jamais-vu depuis 2009 ! Les proportions restent faibles, mais le symbole est important. Certes, la perte d’un million de clients dans le mobile chez SFR en un an a alimenté cette reconquête. Mais le succès de la 4G n’y est pas non plus étranger.

Free se « normalise »

Les opérateurs parviennent, lentement mais sûrement, à monétiser le très haut débit mobile. Avec la 4G, les utilisateurs téléchargent toujours plus de vidéos, de photos, de fichiers sur le Web, ils augmentent par conséquent leur consommation « data » et sont contraints de passer aux forfaits supérieurs, donc de dépenser plus. Après la dégringolade des prix depuis 2012, la machine repart : l’Arpu (revenu moyen par abonné) dans le secteur devrait enfin se stabiliser en cette fin d’année.

Free profite aussi de l’intérêt croissant pour la 4G. La majorité de ses nouveaux clients opte désormais pour son forfait premium, à 19,99 euros, et plus pour celui à 2 euros. Celui qui a dynamité le secteur est lui-même en passe de se « normaliser », de devenir un « historique ». Il vient de passer le cap des 10 millions d’abonnés mobiles. Il dépense des centaines de millions d’euros pour continuer le déploiement de son propre réseau. Doté d’un portefeuille de fréquences enrichi, il devient un acteur sérieux dans la 4G, avec une couverture qui augmente aussi de façon régulière.

Ce nouveau statut oblige le dernier entrant sur le marché à un peu plus de conformisme. C’est du moins ce qu’espèrent ses concurrents, trop heureux de pouvoir souffler un peu après des années de turbulences. Pas sûr que leur souhait soit exaucé. Avec quatre acteurs sur le marché, la concurrence promet de rester vive. Et Free de garder son rôle de poil à gratter.

Source : http://www.lesechos.fr/idees-debats/editos-analyses/021527599003-quatre-ans-apres-le-choc-free-la-sante-retrouvee-des-telecoms-1180924.php

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