Emballages : des produits suivis à la trace

  

Quel que soit le secteur industriel, chaque produit doit pouvoir être tracé. De nombreuses solutions existent pour permettre de suivre un produit de sa conception à sa commercialisation : RFID, marqueurs chimiques, encodage par jet d’encre… à chaque besoin, sa solution.

Protéger de la contrefaçon, optimiser la logistique, protéger le produit transporté, l’emballage est la chevillière de la traçabilité. « L’emballage est un vecteur de traçabilité incontournable », insiste Bruno Siri, délégué général du conseil national de l’emballage. « Les obligations réglementaires concernant le suivi de la vie des emballages sont nombreuses ; l’emballage doit donc être traçable pour lui-même mais aussi pour le produit qu’il contient. » Et cela concerne tous les secteurs industriels, de l’agroalimentaire à la pharmacie en passant par le luxe, la viticulture et l’automobile. Souple, peu coûteuse, facile à sécuriser, la puce RFID (identification par radio fréquences) est une des technologies les plus prisées pour assurer cette traçabilité. Ainsi pour tracer sa viande, Auchan a mis en place, – avec la société Cogit spécialisée dans la gestion d’emballage plastique, le fabricant d’emballages Euro Pool System et le spécialiste des puces Inotec – des bacs identifiés par RFID. Pour ce projet, deux types de conditionnement ont été choisis, à savoir un bac gerbable pour le boeuf et un autre pliable pour le porc. L’enjeu : rendre les composants électroniques résistants aux chocs, aux variations de température et aux lavages à haute pression. « Pour protéger le tag, nous utilisons des autocollants spéciaux plastifiés dont nous adaptons la résistance à l’utilisation », explique Gilles Raluy, directeur général de Cogit. En plus de la protection mécanique, l’encodage de la puce est aussi très important. La solution retenue par Auchan et ses collaborateurs obtient ainsi un taux de lecture de 99 %. Aujourd’hui, 150 000 bacs dits intelligents sont en circulation chez le distributeur, ce qui permet de suivre la viande de bout en bout et d’optimiser les flux.
Combiner RFID et NFC pour élargir le spectre de lecture

La facilité d’intégration explique l’engouement des fabricants d’emballages pour la puce RFID. Abzac, société spécialisée dans la fabrication de tubes carton et de fûts kraft (emballage industriel servant au stockage et au transport de produits secs, pâteux ou liquides), a ainsi intégré une puce lors de la production de ses fûts. « À l’origine, un client nous a demandé d’intégrer une RFID dans le tube, ce que nous sommes parvenus à faire. Nous avons ensuite voulu proposer ce savoir-faire plus largement. La puce est intégrée dans le corps du fût, entre les couches de fibres, le client est ensuite libre d’encoder la puce selon son besoin : géolocalisation, inventaire… », explique Danièle Grechi, directrice marketing chez Abzac.

Pour la traçabilité des bouteilles de vin, la start-up WID a aussi opté pour une solution RFID-NFC. Alors que la contrefaçon de grands crus se développe, la start-up normande a mis en place une étiquette électronique que les viticulteurs peuvent apposer sur le col de leurs bouteilles. « On fournit des bobines d’étiquettes qui intègrent la technologie RFID-NFC, le producteur n’a plus qu’à habiller ses bouteilles. La technologie RFID est à mon sens la plus sûre, la plus facile à intégrer et la plus évolutive », témoigne Alexandre Mongrenier, président et co-fondateur de WID. Plusieurs niveaux de sécurité ont été embarqués sur les composants électroniques, dont la reconnaissance du couple unique : identifiant et clé de sécurité privée. « Nous avons combiné la technologie RFID avec la NFC (communication en champ proche) pour avoir un spectre de lecture plus large. La NFC s’adresse davantage à l’utilisateur final – le consommateur et le vendeur – tandis que la RFID permet avant tout de sécuriser la supply-chain », explique-t-il. Pour assurer le suivi des grands crus, WID a mis en place plusieurs outils d’identification, notamment un lecteur mobile, et un tunnel logique qui permet de lire à travers les caisses. Ces technologies permettent d’obtenir un taux de lecture de 100 %.

Les technologies RFID et NFC sont aussi prisées pour surveiller la chaîne du froid. Chronopost a ainsi apposé des puces RFID sur ses caisses pour suivre la température des produits frais jusqu’à leur livraison. Il existe également des marqueurs chimiques permettent aussi de suivre le respect des températures. Les étiquettes à base de micro-organisme par exemple changent de couleur en cas de rupture de la chaîne du froid et ce, grâce à la réaction biologique d’une flore bactérienne intégrée à l’étiquette. L’objectif : bloquer le produit avant la vente, en rendant le code-barres illisible ou permettre au consommateur de déterminer la fraîcheur d’un produit. La société Cryolog propose une pastille thermosensible microbiologique. Un changement de couleur du vert au rouge révèle une hausse de la température impropre à la conservation des produits.

Marqueurs chimiques, étiquettes biologiques, encres sensibles à l’oxygène, les solutions de traçabilité ne se limitent en effet pas à intégrer des composants électroniques. Pour authentifier l’origine du bois de chêne des tonneaux, des chercheurs de l’Inra Bordeaux-Aquitaine ont utilisé le génotypage dans le cadre du projet Oaktrack. « Le bois des fûts du vin de Bordeaux doit être français. L’Inra a donc développé un marqueur génétique qui garantit que le bois utilisé répond bien à cette contrainte », explique Bruno Siri. En utilisant ce test ADN, basé sur de la spectrométrie, les acteurs de la filière bois peuvent vérifier la conformité de l’espèce et de l’origine géographiques des grumes. Une technologie bienvenue dans un secteur où les tensions sur le marché génèrent des risques de dérives : bois étrangers déguisés en bois français, manque de traçabilité…
La traçabilité doit intégrer la recyclabilité

Mais face à l’intégration de ces technologies de traçabilité se pose la question de la recyclabilité des emballages. La baisse des coûts a en effet démocratisé l’utilisation des puces RFID et NFC pour le suivi des emballages. « Il y a dix ans, on n’aurait pas imaginé pouvoir mettre une puce RFID dans du carton », témoigne Bruno Siri. Mais l’intégration d’un composant électronique dans un emballage carton ou plastique entre en conflit avec leur recyclabilité. Dans un document intitulé « Traçabilité et emballage des produits », le Conseil national de l’emballage rappelle : « Les traceurs introduits dans l’emballage ne doivent donc pas, en théorie, complexifier ce dernier, sous peine de dégrader sa recyclabilité. En ce sens, les filigranes, qui mettent en jeu un simple marquage par pression de la surface papier-carton, sans encrage ni apport d’autres matières, représentent un mode de traçage sans impact sur le recyclage de l’emballage concerné. » Pour les fabricants, qui comme Abzac proposent une valeur ajoutée en intégrant une technologie RFID, il faudra trouver un compromis entre traçabilité et recyclabilité.
LES TROIS AXES DE LA TRAÇABILITÉ

ENCODER EN TOUTE DISCRÉTION Abzac, société spécialisée dans la fabrication de tubes en carton et de fûts en kraft, a intégré une puce RFID dans ses fûts en kraft. Les utilisateurs sont libres d’encoder la puce selon leurs besoins, qui vont de la gestion des stocks à la traçabilité de l’emballage. La puce est invisible, puisqu’intégrée entre les couches de fibres. SURVEILLER LA CHAÎNE DU FROID La société Cryolog propose une pastille thermosensible microbiologique qui change de couleur en cas de rupture de la chaîne du froid. La technologie Topcryo permet de tracer des produits dans une zone de température allant de 2 à 12 °C. Si la chaîne du froid n’a pas été respectée, la pastille passe du vert au rouge. Elle peut être apposée sur le conditionnement mais aussi directement sur le produit. ÉVITER LA CONTREFAÇON La start-up normande WID, issue de Biolog-ID, a développé une étiquette électronique RFID-NFC sécurisée. Elle est posée sur le col des bouteilles via une étiqueteuse automatique qui répond aux exigences de l’industrie viticole. Cette technologie permet de lutter contre la contrefaçon, de gérer des stocks, de sécuriser la supply-chain mais aussi d’apporter une valeur ajoutée auprès du consommateur final, grâce à la technologie NFC couplée avec une application smartphone.

ITWEB VidéoLivraison express de produits frais

Chronopost a lancé Chronofresh, un service de livraison de produits frais et surgelés, ce qui oblige la société à mettre en place des équipements pour respecter la chaîne du froid et des technologies de traçabilité.

RÉGINALD DESROUSSEAUX APPRO-ORGANISATEUR MÉTIERS DE BOUCHE ET LOGISTIQUE ALIMENTAIRE CHEZ AUCHAN« Nos bacs en plastique sont tous équipés d’une puce RFID »

« Avec l’aide d’un industriel de la viande bovine, nous avons été conduits à travailler avec des bacs en plastique car les bacs métalliques que nous utilisions posaient trop de problèmes : non conformes au format logistique, lourds, difficiles à manipuler et encombrants à stocker. Autre inconvénient : le suivi de l’emballage devait se faire manuellement. D’où le projet mis en place en collaboration avec Cogit, Euro Pool System et Inotec, d’un système de logistique. Il se compose de trois éléments : un chariot dolly, un bac plastique et un couvercle. Les bacs sont équipés d’une puce RFID. À chaque réception sur une plateforme, les opérateurs scannent la puce à l’aide d’un PDA. Le parc de bacs est géré par Cogit, qui connaît à tout moment leurs positions, et peut ainsi anticiper les besoins des industriels. Il y a beaucoup moins de pertes, tout est contrôlé par logiciel. Dernier avantage de la puce RFID : on pourrait ajouter des informations concernant le contenu. Cogit travaille déjà dessus pour la logistique des fruits et légumes. »

Source : Industrie techno

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