La face cachée d’un comité fantôme

  

On n’est pas là pour donner des conseils à Sébastien Bazin. Car le PDG du groupe AccorHotels est certainement, et largement, plus compétent que nous pour gérer son entreprise. En revanche, il vient de prendre une décision qui nous pose question. Et pour tout dire, nous turlupine. La semaine passée, au cours du 01 Business Forum – un grand raout organisé par BFM Business où un paquet de big boss sont venus parler de « renaissance numérique » –, il a annoncé la création d’un « shadow comex ». 

What’s that ? Il s’agit d’un « comité fantôme » uniquement composé de jeunes de 25 à 35 ans, de sept nationalités différentes, mais surtout de filles et de garçons à parité. Une bonne idée de mettre en avant les jeunes et de lutter contre les discriminations sexuelles ou ethniques. Sauf que ces heureux élus, cooptés par les anciens du comité exécutif, doivent rester cachés. « Plus aucune décision du groupe AccorHotels, ne sera prise dans les années qui viennent, sans que l’on n’ait préalablement écouté ces 12 garçons et filles qui vont répondre sur les mêmes préoccupations que mon Comité exécutif », assure le PDG.

On les attend sur les mutations numériques qui, bien entendu, dépassent les membres du comex puisqu’ils ont tous plus de cinquante ans.

Ben voyons.

C’est bien là le double problème de cette jolie opération qui consiste à planquer les jeunes, et à s’imaginer que les vieux sont incapables de se révolutionner eux-mêmes. Ainsi donc les quinquas du comex n’ont pas de smartphones ? Ne sauraient réserver un billet d’avion, ou une chambre d’hôtel sur le Net ? Quant aux jeunes, qui vont faire basculer le business sur le Web, ils ne seraient pas suffisamment présentables, ou aguerris, pour figurer dans un vrai comité ? 

En fait, cette annonce est peut être le signe ultime des difficultés de cet « accompagnement au changement » dont la littérature RH nous abreuve depuis quelques temps. Car la réticence des seniors envers le basculement numérique ne vient pas de leur méconnaissance du virtuel qu’ils utilisent tout un chacun au quotidien.

Que nenni.

Leur prudence vient des emmerdements qu’ils pressentent dans la transformation, et qui sont on ne peut plus réels. On leur a déjà fait le coup, dans la première révolution informatique, qui les a privés d’assistant(e)s, qui leur a imposé un do it yourself dont ils font aujourd’hui encore (et leur entreprise aussi) les frais. Ils en ont soupé des changements de logiciels farceurs, des blocages, des bugs, de la SSII qui ne répond plus, de la maintenance débordée. Ils ont l’expérience, et pire, de la mémoire. Ce n’est pas un front générationnel qu’ils opposent au basculement, c’est le front de la mauvaise expérience, nuance.

Et ce n’est pas un cabinet fantôme composé de jeunes qui, quant à eux, les heureux, n’ont pas eu encore à subir ces dysfonctionnements et ces surcharges de travail, qui risque de convaincre les ainés.

Garantir une transition sans heurts, avec des outils opérationnels, sans charger encore plus une barque au bord de chavirer sur la grève des horaires. C’est beaucoup plus difficile à mettre en place qu’un shadow comex.

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