Faut-il avoir fait une grande école pour devenir le big boss ?

 
Il commence par aborder la question par le haut. Faut-il avoir fait une grande école pour espérer devenir patron d’une entreprise du CAC 40 ? Pour François-Xavier Dudouet, la réponse, positive, ne fait pas de doute. « On veut une adéquation entre la fonction et la compétence, explique ce sociologue, co-auteur d’un ouvrage sur Les grands patrons en France. La compétence étant en principe sanctionnée par un diplôme, la France entretient un modèle dominant. » Difficile d’y échapper : les patrons du CAC 40 sont majoritairement issus de l’ENA, HEC et l’X. Mieux encore, certains affichent de vertigineux combo: X et l’ENA pour Frédéric Oudéa (Société Générale) ou HEC et l’ENA pour Stéphane Richard (France Télécom), entre autres… « La croyance selon laquelle la compétence tient à ces grandes écoles n’a jamais été prouvée, nuance le sociologue. On pourrait imaginer des docteurs d’universités dirigeants de ces grands groupes. Mais c’est ainsi que cela fonctionne en France. Le diplôme joue encore le rôle de marqueur. »
Retourner à l’école pour devenir patron

Pour autant, être patron en France ne se résume pas aux quelques happy few du CAC 40. « Au final, il y a deux types de dirigeants, l’entrepreneur qui a monté sa boîte et le dirigeant que l’on va nommer, résume Benjamin Stanislas, consultant Senior chez Clémentine. Par définition, le patron visionnaire n’a pas forcément fait de grandes études. Mais dans la seconde catégorie, on se dit quand même qu’un diplôme d’une grande école, c’est bien… » Signe de ce particularisme français, ce consultant a même vu des ambitieux reprendre des études pour gravir les échelons et briser une autre forme de plafond de verre. « J’ai déjà vu de mauvais polytechniciens. Mais j’ai surtout vu des profils avec des diplômes moyens faire une pause pour aller suivre une formation à Centrale, HEC ou suivre un prestigieux MBA. Bien sûr, ils y apprennent des choses, mais l’école permet aussi de profiter d’un réseau. »
Créer son propre poste (de big boss)

Mais d’autres ont trouvé la parade. « J’espère qu’il faudra de moins en moins avoir fait une grande école pour espérer diriger une entreprise », confie Christophe Bergeon, fondateur et dirigeant de Zest. Après une longue carrière dans les ressources humaines, cet ancien salarié a créé son entreprise, dont il est le big boss. « Les choses changent et je suis convaincu que la forte augmentation de créations de nouvelles sociétés, et notamment de start-up dans le numérique, vient de la volonté de plein de nouveaux diplômés à vouloir se créer des parcours qui leur seraient souvent interdits. Dans un grand groupe, le CV et la grande école ont encore un impact très fort. Mais quand on créé ou que l’on rejoint des structures de plus petite taille, tout cela a moins, voire pas d’importance. »
Être le big boss… avec un diplômé de grande école

« Il ne s’agit pas de dénigrer les grandes écoles, mais peut-être de réinventer un modèle », tempère Benjamin Stanislas. Mais s’il voit quelques avantages à avoir fréquenté une grande école, ce consultant invite les entreprises à revoir leur place dans l’organigramme. « J’ai ainsi vu des patrons de PME avec un diplôme universitaire moyen qui, arrivés à 30 ou 40 millions d’euros de chiffre d’affaires, se disent qu’ils sont peut-être arrivés au bout du modèle. » Pas besoin néanmoins de céder complètement sa place. « Soit il s’arrête là, soit il relance son affaire en embauchant quelqu’un avec, justement, cet autre profil. Je trouve que ces associations forment des binômes vraiment intéressants pour les entrepreneurs parce que je ne conseillerais pas spontanément à un entrepreneur de reprendre des études. Il a déjà en lui une capacité de prise de risque qui peut être complétée par un profil davantage manager. »
Et quelques exceptions sans grands diplômes

Reste évidemment d’éminents contre-exemples. Alexandre Malsch, cofondateur du groupe Melty, affiche une insolente réussite (103 salariés, une percée dans 32 pays et plus de 7 M€ de chiffre d’affaires) sans être passé par une grande école. « Je n’avais ni argent ni expérience, se souvient-il. Quand on est jeune, on n’a que sa motivation et sa passion à vendre. Il fallait donc y croire à 200 % et je savais que si je voulais percer, je devais monter une équipe de collaborateurs, chacun dix fois meilleur que moi dans son domaine. » Pierre Chappaz (passé par l’École centrale de Paris, lui, et fondateur de Kelkoo, Ebuzzing) investit aussi et accompagne l’entrepreneur. Mais pour rassurant qu’ils soient, ces parcours ne changent guère une réalité bien française. « Des parcours atypiques, j’en connais plein, nuance François-Xavier Dudouet. Mais il ne faut jamais oublier que ce ne sont pas des tendances statistiques. Des parcours comme celui de Xavier Niel avec Free restent des exceptions. »

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